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Luc, chauffeur de bus : « On ne peut pas rouler de façon responsable quand on est épuisé ».

Luc Amann, 57 ans, chauffeur de bus et de tram chez Soléa, participera à la manif contre la réforme des retraites ce jeudi 19 janvier.

Luc Amann, 57 ans, chauffeur de bus et de tram chez Soléa, participera à la manif contre la réforme des retraites ce jeudi 19 janvier.

Chauffeur de bus et de tram chez Soléa depuis seize ans, après d'autres expériences professionnelles, Luc Amann, 57 ans, élu UNSA, participera à la manifestation contre la réforme des retraites ce jeudi à Mulhouse. Il témoigne de la pénibilité d'un métier où les exigences sont sans cesses « revues à la hausse ».

Il a découvert ce métier sur le tard, après d’autres expériences professionnelles. « J’ai travaillé en Suisse pendant onze ans dans un bureau d’ingénierie en génie civile, puis j’ai été gérant d’une station-service à Cernay, pendant six ans. » Trouvant sa charge de travail trop importante, Luc Amann a décidé de se reconvertir chez Soléa. À 41 ans, il a passé son permis bus. Depuis, au volant d’un bus ou d’un tramway, il sillonne l’agglomération 39 heures par semaine [ce qui permet de dégager des RTT] pour un salaire de « 1800 à 1900 € net par mois – primes comprises ».

« On roule plus vite  »

À 57 ans, il assure qu’il aime son métier. « Rendre service, c'est mon credo. » Mais il sera en grève ce jeudi. « Dans l'entreprise, on est une population très jeune, donc les retraites mobilisent moins, mais les chauffeurs qui ont entre 55 et 58 ans et sont impactés par la réforme feront presque tous grève », assure cet élu au CSE (comité social et économique) sous la bannière UNSA Transport.

La pénibilité de son métier commence par l'absence d'horaires réguliers, explique-t-il. « Aujourd'hui [mardi], j'ai commencé à 4h20, hier, c'était 6h40 ... Et après, j'aurai peut-être des services du soir, jusqu'à 21h30. Le rythme haché, c'est ce qu'il y a de plus dur. La difficulté, c'est qu'on a toujours plus de mal à récupérer ... » Et puis, poursuit-il, « les exigences ont été revues à la hausse : avec les bus, on a toujours plus de kilomètres à faire dans le même temps de travail, c'est prévu dans la DSP [délégation de service public]. Quand j'ai commencé, rouler 100km par jour, c'était exceptionnel, aujourd'hui, on est souvent à 120/130 km par jour ... » Donc, « les pauses sont raccourcies et ... on roule plus vite ! »

« Cette réforme, c'est jusqu'à ce que mort s'ensuive ! »

Dans le tram, autre contrainte : « L'environnement a évolué avec les trottinettes, les livreurs à vélo, qui roulent sur la plateforme. Un tramway freine très mal. L'an dernier, j'ai eu deux accidents, sans gravité heuresement... » La concentration demandée est plus grande, la fatigue nerveuse aussi, sans compter les incivilités. Or, « on ne peut pas rouler de façon responsable quand on est épuisé... »

S'ajoutent à cela « des gestes physiquement difficiles ». Par exemple, illustre-t-il, les tramways sont équipés d'un système de sécurité, « un bouton à actionner avec le pouce plus de 20.000 fois par jour, pour prouver que l'on est bien vigilant et éveillé : cela crée de l'usure au niveau du pouce ». Par ailleurs, la posture du conducteur de tram n'est pas « naturelle, avec une main plus haute que l'autre, et donc beaucoup de TMS [troubles musculosquelettiques], des problèmes de dos, de tendinite... » Difficile, mais sédentaire, le métier génère aussi « surpoids et hypertension ».

Donc pour Luc Amann, repousser l'âge du départ à la retraite est insensé. « Cette réforme, c'est jusqu'à mort s'ensuive ! Moi, avec ma situation particulière [il a commencé à travailler à 23 ans], si la réforme passe, je devrai aller jusqu'à 69 ans pour 1400€ par mois. Mais c'est hors de question ! »

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